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La Mort d'un Comte... (27/08)


Message 27 Août 2017, 10:03

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Hivers 1109
île de Saint Sauveur, Hameau d'Espérance


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Par Auguste Ronceau sous le regard de la Comtesse Versillan-Lonnan.

Le soleil s’était levé sous une brume épaisse comme nous en avons pris l’habitude maintenant… L’île de Saint-Sauveur émerveille de ses fabuleuses lumières et autres contrastes qu’elle seule semble pouvoir peindre. Une journée semblable à toute autre pour un regard non averti. Depuis maintenant plusieurs mois, nous sommes ici. La routine semble avoir consumé l’ardeur des plus valeureux et la témérité de plus engagés. Les paysans commencent à apprendre de la richesse des terres volcaniques, tandis que les chasseurs balbutient encore leurs itinéraires entre ces reliefs escarpés. Il arrive parfois qu’ils se perdent, marchant des jours entiers ou tournant en rond sans parvenir à revenir chez eux. Mais globalement, la chasse est bonne et le gibier ne manque pas. Le braconnage n’est pas encore d’actualité, mais l’avenir devrait nous dire si le penchant altruiste des gens s’étalera dans le temps.

Ma quiétude contemplative du jour, se vit interrompre par l’arrivée d’un homme en armes et aux couleurs de la maison Lonnan. Surpris, je jetai un coup d’œil autour de moi, pensant qu’il y avait une erreur. En réalité, les soldats n’étaient pas là pour m’arrêter, même si leurs mines avaient l’air aussi sombres que le jour de la bataille de Melgan. Questionnant rapidement les hommes, ceux-ci ne gardèrent pas longtemps les mystères de leur venue vers moi. Le Comte était mort avait lancé l’un d’eux froidement.
Voilà bien un mal que je n’aurais pu guérir, malgré toute ma bonne volonté.

Que pouvais-je y faire ?

En vérité, c’était le Grand Hiérophante qui m’avait fait mandé. Il avait lu les papiers que je laissais derrière moi régulièrement. Je ne sais par quel moyen il avait pu avoir mes notes, mais, après tout… les Kanistes ne sont-ils pas là pour leurs connaissances et leurs maitrises du Savoir ? L’entrevue fut brève. Il faut dire que je n’apprécie pas vraiment les Kanistes. Ils aiment à poser des questions sur tout et tout le monde. Ils sont malins et j’ai toujours cru bon de m’en méfier. Peut-être à tort. Car au final, j’ai été traité avec beaucoup de respect pour un impie que je suis à leurs yeux. Quoi qu’il en soit, le Grand Hiérophante souhaita que je rencontre rapidement la Comtesse, celle-ci étant selon lui, fervente du même dieu que moi.

En effet, je trouvais rapidement la comtesse cherchant des encens dans les affaires qu’elles avaient pu sauver dans la débâcle. Je m’asseyais sous son ordre et pu assister à ses recherches maladroites. Pendant qu’elle était encore debout, je fus attendri par son ventre arrondissant la robe cyan qu’elle portait. Les plis réguliers avaient l’allure d’une voile de bateau gonflée par le vent. Les joues pleines de son visage ne marquaient que la grossesse et non les épreuves qu’elle avait subies jusqu’à maintenant. Un mari têtu et malade, des croyances qui s’effondrent années après années. Je me souvins alors d’elle comme un fervent défenseur du faible, et une utopiste éclairée. Souvent pour ne pas dire toujours en désaccord avec son père, elle était opiniâtre. Plus jeune, elle avait lié ses amitiés à un chevalier original qui semblait de prime abord avoir toutes les qualités requises. Un demi-elfe bâtard mais, un homme qui connaissait son affaire dans le maniement des armes. Le Ser Baraneïr avait cependant rapidement fait la cour à une femme inaccessible. Son charme avait peut être opéré en certains endroits, mais cette convoitise avait dû le perdre jusqu’au point ou pris d’un élan d’héroïsme, celui-ci avait terminé pendu dans la forêt Sifflante, dans des conditions pour le moins risibles raconteront certains. La tragique fin d’un homme promis à reprendre ce que son père avait perdu courageusement. Jana ne le comprit jamais. Ce fut la première douloureuse déception de la jeune noble vivant encore à Myrss. Elle retourna auprès de sa famille, et les évènements la portèrent jusqu’à être Vicomtesse de Hautfort. Elle eut alors la possibilité, non sans négocier et sans que son illustre père ne la surveille, d’établir un groupe de combattants, agissants pour traquer les fléaux du Royaume. Longtemps dans l’ombre, la Main d’Halgueronne fit son apparition trop tard, hélas. Le mal était fait. Le fléau ravageant le Comté de Grandval, ce nouvel échec mit la vicomtesse de l’époque dans une position fâcheuse, jusqu’à ce que la guerre le fasse oublier.

Les chemins du destin la firent rencontrer Nathaniel Lonnan. Le chevalier érudit d’une famille puissante en Hautfort. Les Lonnan avaient toujours œuvrés pour le comté. Leurs connaissances et leur famille comptait parmi les plus influentes du Royaume. Nathaniel était l’héritier par défaut. Ses frères dans les Ordres et sa sœur étant sa cadette, il devait reprendre le flambeau du père. Jana sous les demandent insistantes de son père alors Comte, se rapprocha de lui. Il est certain que la guerre bouleversa encore une fois les projets de tous. La famille Lonnan fut décimée. Dans ces terribles heures sombres, le Seigneur Lonnan décida d’épouser Jana. Les noces furent peu joyeuses, à l’image des lieux qui accueillirent les festivités. Melgan avait alors perdu tout attrait…
La débâcle eut lieue peu de temps après et malgré cela, Jana tomba enceinte. Nathaniel quant à lui, resta discret et fermé à beaucoup de personnes. La maladie, mais aussi les combats ont probablement eu raison de lui. Son fidèle chevalier Ser Kalan a pourtant beaucoup œuvré pour lui. Pour autant, le Comte perdu, désorienté, malheureux en tous points de sa vie, renia sa foi. Voilà peut-être la raison de ma présence dans cette petite pièce humide et froide, aux côtés d’une femme belle et honnête, tentant avec la plus grande humilité de l’écouter et de la servir au mieux.

Elle me fit un sourire avant de s’assoir, s’exclamant qu’elle avait encore perdu quelque chose, maudissant sa mémoire défaillante. Je lui rendis un sourire chaleureux autant qu’il puisse l’être car je crois que c’est ce dont elle avait le plus besoin. Rapidement ses yeux fatigués s’assombrirent comme le ciel avant la pluie. L’éclat de ses yeux s’effaça. Pour une raison inconnue, elle se confia à moi sur sa vie, ses peines ses espoirs. Elle me demanda de ne rien écrire encore. Elle n’était pas prête à ce qu’on palabre autour et à propos de ses états d’âme. Elle demeure Comtesse et souhaite garder un peu de dignité m’explique-t-elle. C’est pour cela que ces mots que j’écris lui ont été soumis à lecture. Elle n’a rien censuré, j’en suis le témoin devant notre Déesse. Il est simplement des écrits qu’elle gardera pour elle, puisqu’ils la concernent directement.
Les pages numérotés du feuillet passent ainsi de la page numéro deux à la page numéro huit…

Elle me confia alors la tâche d’aller prévenir ceux que je pourrais, Ser Kalan, La Magistère Miramond, et les différents nobles. Ainsi, j’ai pu croiser ceux-ci au détour d’une rue en construction. Annonçant la douloureuse nouvelle. Pour beaucoup, le Comte même fermé et peu enclin aux discussions faisant figure d’autorité. C’était un point de repère. Le comte Dikins ayant été définitivement renié par la population, celui-ci n’a qu’à bien se tenir là où il est. Il est fort à parier qu’il restera tranquillement dans son coin, profitant de ce qui lui reste, tel qu'il le fait depuis qu'il est là. C'était, après tout, pour cette raison qu'il avait prévu de venir sur cette île... Non ?

Ni Roi, ni Comte vivant, le Royaume d’Halgueronne peut-il encore exister ?

En attendant que les réponses aux questions de tous soient éclaircies, les funérailles du Comte Lonnan seront célébrées sous la direction du culte de Kano. Plus aucun membre officiel du clergé Gardieniste n’étant présent, la Comtesse a jugé bon pour le respect des membres de la famille Lonnan restant, que leur frère soit enterré sous la bienveillance de son propre dieu. Espérant que celui-ci pardonne l’affront qu’il lui a fait. C’est en ces termes que les obsèques eurent lieu quelques jours plus tard. La Comtesse souhaita que je vous en raconte le déroulement pour qu’ils demeurent à la postérité.
Des tentes furent dressées et plusieurs livres d’or furent déposés sur des tables. Les livres d’or étaient uniquement réservés aux Kanistes, les impies n’avaient nul droit d’y déposer quelque lettre que ce soit. Le temps fut court entre l’annonce et la cérémonie, cela se ressenti durant le discours du Grand Hiérophante, ainsi que des différentes personnes qui parlèrent et honorèrent la mémoire du Comte. La cérémonie fut brève. On présenta les condoléances d’usages aux membres de la famille. Chaque personne ayant pris la parole avait dû écrire sur un parchemin les quelques lignes qu’ils lisaient, après quoi, la coutume exigeait que le tout soit déposé sur le corps du défunt mis en terre. Arriva alors le tour de Jana. Elle portait avec elle un petit étui de cuir scellé de cire pourpre. Elle ne l’ouvrit pas mais le déposa sur le corps de son défunt mari. Une larme coula le long de sa joue. Je ne sais toujours pas si elle était vraiment triste. Elle avait le regard de ceux qu’on a abandonné depuis longtemps. Ce parchemin scellé posé sur le corps de son mari n’était autre que le secret le plus intime qu’elle lui avait confié durant leur mariage. Je le sais, puisque cela fait partie des choses qu’elle m’a confiée durant notre entretient. Il est de coutume chez les Kanistes de lier ses secrets à celui de son époux. Chacun garde le secret de l’autre. Lorsqu’un des deux époux meurt, la tradition veut que le secret qui lui a été confié demeure auprès de lui. Si la veuve ou le veuf souhaite se remarier, alors le parchemin que feu son époux ou épouse lui avait confié, doit être remis à une autorité du culte, qui le conservera dans une crypte spéciale. Cette tradition Kaniste marque surtout cet attrait incommensurable pour la connaissance. Rendez-vous compte… vous vous voyez confié un secret que jamais vous ne pourrez découvrir sous peine d’être trainé devant une inquisition sans pitié. De mon point de vue, c’est une étrange tradition.

Quoi qu’il en soit, le Comte Lonnan s’en est allé, ne demeure maintenant que les Seigneurs et les Chevaliers, seuls garants de la sécurité et du bien du peuple. La lumière qui dissipera cette période sombre n’a pas encore traversé les nuages et la tempête fait toujours rage.
Reposez en paix Comte Lonnan, vous avez bien œuvré. Votre épouse porte le deuil mais aussi votre enfant…

Une délicate signature d’Auguste Ronceau et de la Comtesse Versillan termine ce feuillet. Une dédicace de la Comtesse dit :
A mon tendre mari, qu’il repose en paix, son enfant m’accompagnera comme son amour.

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